Je suis une maman solo et c’est ok!

Accrochée à l’idéal de famille un papa une maman, je respirais le manque, je n’aspirais plus qu’à retrouver un homme, une famille. Atmosphère irrespirable pour moi-même, pour mon fils, pour les potentiels prétendants au titre de beau-papa. Impossible d’accepter ma situation telle qu’elle était. Trop éloignée de mes fantasmes d’enfant. Pour être heureux, il nous fallait à tout prix éviter le modèle que j’avais subi. Pas de papa.

Mais bordel, il n’y a pas qu’un modèle qui donne accès au bonheur! Dans une époque où toutes les configurations existent, un peu d’imagination, que diable !

Oui je suis une maman solo et avec mon fils, on compose une famille monoparentale. Une famille tout court en fait. Et le bonheur est à portée de main, dans chaque instant.

Flash info: un père fait son travail de parent

Il faut attendre que les mecs fassent les choses que les femmes ont toujours fait pour que ces choses deviennent miraculeusement héroïques !

Voilà de quoi réveiller ma colère!

En Suisse, un député démissionne pour s’occuper de son fils malade et permettre à sa femme de continuer à travailler. Sympa, un homme qui fait sa part!

Résultat : standing ovation à l’Assemblée et reportage admiratif sur la page Facebook de Brut.

A quand le prix Nobel et le premier rôle dans un film de super-héros ?

A quand surtout la même reconnaissance pour les mères ?

Je patauge, donc je pousse!

Après ma séparation, je me suis épuisée pour que mon fils continue de passer du temps avec son père. Étant donné nos situations géographiques respectives, la garde alternée n’était pas envisageable mais j’étais déterminée à faire tous les efforts pour permettre à notre fils et son père de se connaitre et de passer du temps ensemble.

Le papa gardait notre fils trois week-ends par mois et je faisais deux allers retours par week-ends pour rendre cela possible. Tous ces achats de billets me ruinaient. Tout ce temps à courir après les trains et les covoiturages m’éreintait. Quand le papa renonçait en dernière minute à voir son fils, j’étais anéantie. J’avais l’impression d’être la seule à vouloir développer cette relation, seule pour faire grandir notre chef-d’œuvre. Je subissais littéralement ma vie de maman solo. J’avais choisi la séparation et j’en payais le prix fort.

Incapable de lâcher-prise, je n’étais jamais en paix. Trop de pression sur mes épaules, trop de tension, tout me semblait si grave ! Je m’inquiétais et m’en voulais en permanence de cette relation père-fils bancale et il était tout simplement impossible pour moi de l’accepter telle quelle. Être femme et mère étaient trop lourd. Je vivais mes rôles comme un fardeau.

Je ne savais pas où étaient mes limites et je les outrepassais allègrement. Les autres aussi du coup ! Et peu à peu, la rancœur est venue tenir compagnie à l’épuisement et à l’inquiétude. Cette période a duré un an et demi et a eu des répercussions bien au-delà de ma relation avec le papa. Je me sentais la victime de tous, incapable de demander de l’aide et en même temps dans le reproche à ceux qui ne me la proposaient pas de leur propre initiative. Ma relation avec mon fils en pâtissait aussi et je culpabilisais sans réussir à y changer quoi que ce soit. Incapable de m’occuper de moi, compliqué de m’occuper de lui.
J’étais embourbée dans mes ruminations. Ça tournait en boucle dans mon esprit et semblait tellement être la réalité. Et à un moment, ça n’a juste plus été possible. Fallait nettoyer ce beau bordel dans ma tête qui avait fini par s’installer dans ma vie !

Alors, j’ai commencé à lire tout ce qui s’écrivait sur le net sur le sujet des pères et de leur place dans la famille, dans la société. J’ai commencé la méditation pour enfin apprendre le lâcher-prise (qui manque si souvent aux femmes). J’ai investi beaucoup de mon temps pour prendre soin de moi. C’était ma nouvelle priorité! J’ai appris à définir mes limites (enfin, c’est work in progress en tout cas !) et à les faire respecter sans générer de conflit (toujours WIP).

J’ai aussi beaucoup réfléchi cette dernière année sur ma propre trajectoire avec mon père (ou son absence en l’occurrence). Et là, tant de choses se sont éclairées déjà.
Être la fille d’un papa mort trop tôt a façonné sans que je ne m’en rende compte ma conception du père et mes exigences désespérées. Mon fils ne pouvait pas vivre la même chose que moi, l’absence. Il en était hors de question. Qu’il le veuille ou non, son papa serait présent ! C’était ma mission (impossible) et au risque de me perdre moi-même, je devais l’accomplir. Ça ne laissait pas beaucoup de place au papa et ça ne marchait pour personne.

Bref petit fast-forward ! Aujourd’hui, ça va. Je suis plutôt fière de la mère et de la femme que je suis. J’ai choisi d’accepter leur relation telle qu’elle est. Avec de la frustration parfois mais plus jamais de lutte acharnée. Je laisse de la place au papa en n’intervenant plus dans sa manière de fonctionner. Je fais ma part telle que je la conçois et lui la sienne.
J’ai fait un pas de côté, pour finalement me rendre compte que ça fonctionnait bien comme ça sans mes interventions. Et ce temps et cette sérénité gagnées, je peux aujourd’hui l’investir en nous et en moi.

J’attends quoi d’un papa ?

C’est quoi un père pour moi ? Quel est mon rêve ? Quelles sont mes attentes ? À quel type de famille j’aspire ?

Pour être clair, je ne cherche pas à apporter ici une vérité que j’imposerais au monde, juste à exposer un idéal qui est le mien, qui n’est pas immuable mais qui tend à évoluer en même temps que moi. Je viens juste modestement poser ça là.

Alors pour commencer, pour moi, il n’y a pas un rôle de père, un rôle de mère (Freud va se retourner dans sa tombe !). Il y a un rôle de parent. Les cases bien définies, bien proprettes, je laisse ça à la société et à son modèle traditionnel (maman/douceur et fusion, papa/autorité). L’altérité n’a pas besoin de se construire sur la base des différences de genre. Pour moi, chacun vient avec ce qu’il est, avec ce qu’il a à apporter en tant que personne, avec une identité faite de multiples couches complexes et même parfois contradictoires. Et quelle richesse de pouvoir apporter ce cadeau à son enfant !

À partir de là, on peut construire un modèle familial où chacun peut s’investir avec ce qu’il est et où les pères peuvent alors inventer leur paternité à eux.

Aujourd’hui, j’ai l’impression que le modèle actuel permet plus de choses aux papas. On est en train de sortir, et c’est heureux, de ce modèle périmé de la figure ultra pauvre du père autoritaire / père absent.
Les pères s’investissent davantage dans les soins et la vie affective de leurs enfants. Les papas peuvent se permettre d’être plus doux, montrer leurs émotions même si cela reste difficile de se l’autoriser pour beaucoup. Partout et tous les jours, je vois des hommes-kangourous se balader fièrement avec leurs bébés à portée de bisous. Il est devenu évident que les hommes soient présents durant l’accouchement. Leur présence dans le monde de la naissance et de l’enfance est devenue banale. Et jusqu’à un certain point, c’est même plutôt valorisé.
Les codes de la virilité se sont enrichi des images de ceux qu’on appelle les nouveaux pères, papa poule, papa cool, papa présent ou encore papa solo.

Les pères ont donc plus qu’avant la liberté d’être le père qu’ils veulent être sans risquer la sanction sociale, sans risquer d’être ridiculisé. Et en même temps, la liberté demande de l’engagement et je peux comprendre que ce soit difficile à gérer.

Ceci étant posé, en tant que maman, ce que j’attends des pères, c’est de se sentir « in charge » et de s’engager pleinement dans la vie de leur(s) enfant(s) et de la famille. C’est qu’ils prennent leur place, qu’ils apportent leur touche personnelle, qu’ils soient inventifs, qu’ils prennent l’initiative dans tous les aspects de la vie familiale au côté de l’autre parent quand il/elle est présent. Qu’ils récusent la place de parent secondaire. Je ne crois pas au mythe de l’instinct maternel, je crois que c’est en faisant qu’on devient, que c’est une question d’engagement et d’envie. C’est un ensemble de compétences et d’habiletés qu’on développe dans un processus essais/erreurs au fil de l’expérience comme pour tout autre projet et que les pères aussi peuvent s’approprier. Et finalement, c’est libérateur et déstressant pour tout le monde, non ?

En bref, et pour reprendre le concept popularisé par l’excellente auteure et blogueuse Emma, j’attends surtout que les pères prennent leur part de charge mentale, plutôt que de nous laisser tout le gâteau!

Transformer la colère

Depuis que je suis devenue maman, il y a maintenant 4 ans et demi et encore plus depuis la séparation d’avec le papa deux ans plus tard, je me pose mille questions sur le vécu des papas, leurs émotions, le regard qu’ils portent sur leur rôle. Qu’est-ce que ça représente d’être un père aujourd’hui ? Je me rappelle m’être demandé plusieurs fois où étaient les pères dans les nombreux événements autour de la parentalité auxquels j’assistais. Ne se posaient-ils pas eux aussi des questions sur comment éduquer leurs enfants ? Qu’est-ce qui faisait que moi, j’occupais une bonne partie de mon temps à lire et à développer mes connaissances et compétences à ce sujet pendant qu’eux me semblaient bien moins marqués par l’arrivée d’enfant(s) dans leur vie ?
Je me demandais inlassablement : Où sont les pères en fait ?

OK tout s’explique!

Pendant une grosse partie de ce temps de questionnement, j’étais surtout en mode jugement : « Mais qu’est-ce qu’ils foutent ces gros glandus irresponsables pendant que nous, mamans nous remuons les méninges pour façonner le monde de demain avec nos mains, nos tripes et nos cœurs ?!?! Putaiiiiiiin !!! ». Soyons claires, ce que je voyais des pères, c’était surtout, voire essentiellement de gros connards défaillants ! Et je ressentais une profonde injustice. Vous pouvez imaginer le niveau de la jauge à colère ! Je suis arrivée au point d’être en colère de ressentir toute cette colère et de vouloir en faire autre chose.

Aujourd’hui, la maturité aidant j’imagine 😉 et la maternité m’ayant plongé de manière irréversible dans l’univers flippant et complexe des émotions (les miennes, les siennes, les tiennes, les leurs), j’ai envie de sortir du jugement et du rapport de force et changer de regard sur les papas. Pour moi, être maman, c’est vivre et charrier mille et une émotions contradictoires au quotidien tout en continuant d’occuper mon rôle du mieux que je peux. Et du mieux que je peux, ça peut parfois ressembler à rien de très reluisant ! J’imagine que c’est pareil pour les pères.

Je crois comprendre aujourd’hui qu’être papa est tout aussi complexe et que se plonger dans leur parcours intime peut être une belle manière d’ouvrir mon esprit et de voir en l’autre (plutôt qu’un connard défaillant) un semblable avec ses galères, ses questionnements, la place qu’il essaie d’occuper dans le monde, ses émotions ingérables et puis parfois les actes merdiques qui découlent de tout ça.

Donc, à travers ce blog notamment, j’aspire à redevenir une étudiante de cette question épineuse et à pouvoir partager avec vous comment évoluent mes réflexions et m’enrichir aussi des vôtres à travers le forum ou en privé.

Bref, par tous les moyens, je veux comprendre et apprivoiser ces individus singuliers que sont les papas, chacun dans leur trajectoire particulière, pour changer de regard d’abord et aussi comprendre les leviers émotionnels ou purement pragmatiques à actionner pour permettre aux pères de pleinement être eux-mêmes et prendre leur part dans la famille et ainsi rendre la vie de tous plus belle et légère.